IL est important pour les hommes politiques de connaître le profil de leurs électeurs, afin d’avoir des programmes électoraux appropriés.
Certains sociologues ont essayé d’expliquer le comportement électoral d’un point de vue scientifique ; après un bref bilan montrant le rôle et le point de vue des français dans la politique nous étudierons le comportement selon certains critères.
I- Présentation :
a)Bilan
Les électeurs ont contraint les partis politiques à l’alternance (1981), à la cohabitation (1986), à l’ouverture (1988), puis de nouveau à l’alternance et à la cohabitation (1993), pour finir par un changement de majorité en 1995. L’alternance de 1981 à été la première étape du processus, puis la cohabitation est apparue en 1986 comme la possibilité de créer un gouvernement d’union national. L’ouverture de 1988 c’est à dire l’
élargissement de la majorité présidentielle fut une tentative de réponse à la cohabitation manquée. La poursuite de la croissance du chômage a été l’origine du vote massif à droite aux élections législatives de mars 1993, orientation poursuivie par les français qui ont opté pour le changement en choisissant un président de sensibilité différente c’est à dire en votant pour J.Chirac.
En 1996, 37% des français se sentent proche des idées de gauche et 32% de celles de droite. Or 67% d’entre eux ont une mauvaise opinion des partis politiques (en mars 1994) et 37% les jugent inefficaces, ces partis ne semblent plus à même de mettre en ouvre leurs idéologies de base. Malgré tout 57% pensent avoir de l’avenir, on constate là une rupture avec les 35% qui pensent différemment, ce sont les « petits » (ceux qui gagnent moins de 1000€ par mois) qui ont l’impression que ceux qui gagnent plus (6 000€ et plus) leur demande de faire des efforts. C’est le ressentiment de l’inégalité face aux problèmes sociaux.
b)Évolution du comportement électoral
Exclusion, chômage, RMI, SDF, fracture sociale. notre fin de siècle aura vu réapparaître des problèmes que les trente glorieuses avaient cru pouvoir éradiquer. Depuis les années 60 avec les opinions « modernistes » (ex : le travail féminin.) on observe la montée de l’individualisme, déculpabilisation vis à vis de l’argent, une uniformisation des opinions, un accroissement des inquiétudes et enfin des interrogations croissantes sur le fonctionnement de la société et de certaines institutions.
En 1988, la différence entre le vote de classe enregistre une chute : 68% des ouvriers ont voté en faveur des socialistes contre 64% d’employés. En 1995 l’indice devient négatif.
L’écart parmi les catholiques pratiquants, entre la proportion des gens de droite et celle des gens de gauche, est resté à peu près la même en 1968 et 1995, mais entre temps, le nombre de non pratiquants a doublé, si bien que l’impact de la religion sur le vote s’est considérablement réduit.
Le déclin numérique de la classe ouvrière et des changements dans sa composition, du dépérissement de la paysannerie traditionnelle, l’homogénéisation du territoire national grâce aux axes de communication entraînent un désengagement politique. En effet 2% seulement, de la population électorale adhère à un parti. De la même manière il y a une désyndicalisation, le taux de syndiqués en 1974 était de 25% et en 1995 il était de 8%.
II-Le comportement électoral selon des critères sociologiques.
Comme disait A.Siegfriedf : « il y a de très fortes chances pour que les gens qui travaillent ou vivent ensemble, ou encore partagent les même loisirs, votent pour les mêmes candidats. »
a) Sexe/Age/Religion
Les femmes sont moins conservatrices que les hommes (ex : aux élections présidentielles de 1988, on enregistre 47% de votes à gauche pour les femmes contre 44% pour les hommes). Deux éléments de clivages apparaissent décisifs sur l’influence de leur comportement et sont révélateurs des changements qui ont affecté depuis une vingtaine d’année la condition féminine : la présence au travail d’une part, et l’âge d’autre part.
L’âge en effet pour l’ensemble du corps électoral rend plus ou moins sensible à la conjoncture et aux changements. Les retraités qui ont réussi à amasser un patrimoine veulent le garder (les plus de 65 ans ont voté UDF à 21% et RPR à 27% aux législatives de 1993) et contrairement aux jeunes (moins de 24 ans) ils votent pour les partis « aux forces les plus connues » (ce qui explique qu’à ces mêmes élections 21% d’entre eux ont voté pour le PS). En 1981 les jeunes ont participé au « mouvement » en votant pour la gauche, puis leurs voix ont profité à la droite et à l’extrême droite (14% ont voté pour l’UDF, 17% pour le RPR et 18% pour le FN, aux législatives de 1993). En 1989, seulement 49% des parents et des enfants de 16 à 18 ans occupent exactement les mêmes positions sur l’axe gauche droite.
Le renversement de tendances dans le domaine de la pratique religieuse et de normes morales manifestes, les transformations profondes du contexte dans lequel l’enfant construit sont univers politique et son identité sociale, creusent un fossé avec celles de ses parents. Les catholiques pratiquants régulièrement sont plutôt conservateurs. Ils ont voté aux législatives de 1993 à 33% RPR, à 27% UDF, et même à 12% FN. Les sans religions, eux, sont répartis entre le PS (22% aux même élections) et le PC (21%). On constate que les voix socialistes venant des ouvriers ont baissé de 25 points entre
les législatives de 1978 et de 1993. Le changement électoral de la population géographiquement dispersée et dont le vote peut faire pencher la balance dans de nombreux départements ( les exploitants agricoles) a une influence en déclin, car la population diminue. Très conservateurs ils votent surtout pour l’UDF et le RPR.
b) Les différents engagements
Bien que peu de français soient membre d’un parti, ils s’informent et prennent part à la vie politique ; mais la presse se dépolitise : il y a une réduction de la place tenue par les nouvelles et les commentaires politiques dans leurs pages. Pour se former une opinion il faut donc en lire plusieurs.
Les lecteurs assidus sont à 53% des hommes, à 30% des retraités et aussi surprenant que cela puisse paraître les sans diplômes qui représentent 49% : les premiers de part leur statut social, leur emploi et leur image, sont obligés d’être informé, le second groupe a le temps de lire les journaux.
Pour finir les sans diplômes lisent sans doute pour trouver un emploi. On constate que ces lecteurs sont ceux qui ont le plus voté pour le RPR aux législatives de 1993 (respectivement 21%, 27% et 23%).
La télévision a une faible puissance persuasive. Ce sont les femmes, les retraités et les sans diplômes (respectivement 51%, 29% et 51%) qui la regardent. Elle participe par contre à l’augmentation du nombre des indécis et de la dépolitisation du vote qui en résulte. Ce sont ceux qui se sentent dans l’incompétence technique (au sens « d’être capable de. ») et social (au sens de « se sentir habilité à. ») qui sont touchés. Les hommes sont plus décis que les femmes, les jeunes que les vieux, citadins (notamment les Parisiens) que les ruraux, les diplômés (de l’enseignement supérieur surtout) que les non-diplomés, les individus occupant une position sociale élevée que les autres.
Pour terminer, on constate que les militants pour l’indépendance de l’Algérie lors de la guerre se retrouvent actuellement majoritairement comme électeurs des partis de gauche avec une prédominance communiste, alors que les anciens « acteurs » de « mai 68 » eux aussi majoritairement de gauche ont une sympathie plus importante pour le parti socialiste.
Les facteurs, pouvant expliquer le comportement d’un individu, sont nombreux : ils dépendent de leur statut social, de leur passé, de leur situation de famille. Même si les tendances sont en mouvement, le changement (dû surtout aux variations démographiques) du comportement électoral est très faible.