|
INTRODUCTION
Chacun est naturellement persuadé que la
recherche est partie intégrante du monde contemporain. Sans elle, aucune
de ces nouveautés qui nous fascinent dans la vie quotidienne, comme dans
les domaines mystérieux de l'espace, de la biologie, de la médecine
n’aurait pu naître... Avec un budget moyen de 2,5 % du P.I.B (et un idéal
de 3 %) les nations modernes font preuve d'efficacité tant en matière
civile que militaire.
A la lumière du nombre de brevets déposés,
de publications scientifiques ou selon les budgets, on estime que la
recherche est également partagée entre les Américains du Nord, les
Européens, le reste du monde où le Japon compte pour un bon tiers à lui
seul. Paradoxalement, les chercheurs ne parviennent pas à établir un
système de comparaison rigoureux entre nations! Des difficultés surgissent
entre les concepts de recherche fondamentale ou de recherche appliquée,
entre les études et les charges de développement ou bien entre le civil et
le militaire. Le cas le plus typique est trouvé dans l'aéronautique
(Boeing, Airbus) où l'on n'arrive pas à se mettre d'accord sur de sincères
critères de concurrence.
L'industrie aéronautique occupe
une place de choix dans le paysage industriel mondial. Elle représente un
pôle important de l'activité économique et exerce en particulier, à ce
titre, une fonction intégratrice majeure ; elle est le type même de
l'industrie " mondialisée " c'est à dire avant tout d'une industrie
soumise à des contraintes contradictoires ; elle est aussi au carrefour
d’enjeux essentiels de puissance politique.
Pour la France seule, la
construction aéronautique représente environ 4 % de la production
industrielle totale et de l'ordre de 2 % du produit intérieur brut
marchand soit une valeur ajoutée en volume de 67 milliards sur un total de
3246 milliards de francs en 1997.
L'industrie aéronautique est
fortement dépendante de l'extérieur. Cette dépendance qui peut être un
handicap est aussi une chance. Pour les pays dotés d'une industrie
aéronautique puissante, c'est le gage d'excédents commerciaux dont on
connaît toute l'utilité macro-économique et monétaire.
La puissance exportatrice
de l'industrie aéronautique se traduit par quelques données bien connues.
Boeing est le premier exportateur américain, l'Eximbank chargée de
financer le commerce extérieur américain étant à ce titre usuellement
dénommée la " Boeing Bank " ; les économistes ont pris l'habitude pour
apprécier l'allure du commerce extérieur français de manier le concept des
" exportations hors - Airbus " tant le poids des ventes de la firme est
important. En France, les exportations de la branche aéronautique se sont
de fait considérablement développées.
L'industrie aéronautique est
une activité à très fort contenu technologique. La gamme des technologies
à maîtriser y est particulièrement étendue, ce qui a des effets
d'entraînement essentiels pour une large série de techniques et
d'industries qui en dépendent. La maîtrise technologique y revêt une
importance commerciale encore grande dès lors qu'elle permet aux clients
d'assurer une meilleure exploitation, en particulier en réduisant les
coûts par passager. Mais la maîtrise technologique y est aussi essentiel
en raison de ses aspects stratégiques lorsqu'il s'agit d'assurer une
capacité nationale autonome comme en matière de défense ou de
télécommunications. Le niveau technologique élevé de cette activité
industrielle suppose des investissements importants.
L'industrie aéronautique demeure une
industrie de main-d’œuvre et, en particulier de main d’œuvre qualifiée,
donc relativement coûteuse. La masse salariale des entreprises
aéronautiques occupe toujours une place importante dans leur valeur
ajoutée. Entendue au sens large, elle représentait près des ¾ de la valeur
ajoutée de l'entreprise chez Aérospatiale.
Concernant les commandes
civiles et militaires, les marchés s'équilibrent.
Mais ces évolutions ne sont que le reflet des
dynamiques contrastées des ressorts de l'activité dans ce secteur. Deux
grandes sources de chiffre d'affaires peuvent y être identifiées, les
marchés civils et les commandes militaires. " Grosso modo ", ces deux
sources sont responsables moitié-moitié de l'activité du secteur, une
certaine prédominance des commandes militaires subsistant sans doute.
Cependant, le déclin de la
partie militaire du chiffre d'affaires du secteur et l'expansion des
marchés commerciaux sont les deux tendances notables marquant
l'environnement de l'industrie aéronautique.
En contrepartie de la
réduction des budgets militaires du monde occidental l'essor des marchés
commerciaux ouverts à l'industrie aéronautique a permis de soutenir une
activité qui, globalement, a connu le développement soutenu mentionné plus
haut.
Après un déclin au début des
années 90, le marché des appareils commerciaux s'est depuis montré
dynamique. En effet au total, il
fut construit et vendu près de 21000 avions de lignes commerciaux au fil
de ces cinq dernières décennies qui ont vu le transport aérien se
développer à un rythme accru pour finir par dépasser 1.5 milliards de
passagers par an. Et selon l’Organisation de l’Aviation Civile
Internationale (OACI), le trafic des passagers devrait encore progresser
d’un peu plus de 5% par an. L’Europe et l’Amérique du Nord devraient
connaître une moindre progression de trafic que l’Asie–Pacifique et
l’Amérique du Sud. Les compagnies aériennes sont d’ailleurs soucieuses de
maximiser leurs parts de marché au plan mondial en constituant de
véritables alliances.
Le chiffre d'affaires de
l'industrie aéronautique commerciale anticipé pour les 15 ans à venir est
considérable. Selon les estimations de Boeing, il s'élèverait à 1.255
milliards de dollars jusqu’en 2017, soit une moyenne de 62,8 milliards de
dollars par an.
C'est ainsi une source de
revenus de 8.157,5 milliards de francs dans les 15 ans à venir (407,9
milliards de francs par an) que générerait le marché des avions
commerciaux. L’importance de ce secteur incite donc les différents acteurs
et les différents gouvernements à intensifier leurs efforts en matière
d’innovation.
Cet exposé présente la
situation de la recherche et développement intervenue dans l’industrie
aéronautique et aérospatiale. Nous
verrons dans une première partie la place de la recherche et développement
au sein de ce secteur (I) puis dans un deuxième temps le constat de la
montée en puissance de l’industrie aéronautique européenne (II).
I – La place de la recherche et développement
La place de la recherche et
développement peut se comprendre par ses intérêts (A), son financement
(B), puis par quelques chiffres (C).
A - intérêts de la recherche et développement

Dans le contexte de
concurrence aiguë sur les marchés, l'impact et le rôle stratégique de la
recherche et développement technologique vont sans doute encore augmenter.
Sur le segment de la défense, cet
effort vise à assurer la suprématie militaire par la sophistication des
produits ; sur le segment de l'espace, les résultats de la recherche et
développement doivent compenser le prix élevé (relativement aux prix
proposés par les nouveaux concurrents asiatiques) par la fiabilité et la
performance des produits ; dans le secteur de la construction d'avions,
une des priorités est dorénavant la maîtrise des effets de l'expansion du
trafic sur l'environnement et la sécurité.
Dans un univers industriel
aussi technologiquement avancé, c’est une composante "naturelle". Plus
encore sans doute que dans d'autres secteurs industriels de pointe, les
composantes "recherche" et "développement" constituent, en aéronautique,
un argument concurrentiel de poids. En effet, l'innovation est portée ici
au rang de valeur capitale, autant pour les avancées technologiques
qu'elle induit que pour ses conséquences au niveau de l'optimisation de la
production. Dans ce domaine, le spatial n'est pas en reste non plus. Mais
cette ambiance motivante de recherche des performances innovatrices touche
aussi profondément un nombre croissant de petites et moyennes entreprises
(PME).
Par exemple, c'est à partir de
1997-1998 seulement que se lance, Sonaca, une entreprise du secteur dans
la voie de la recherche et développement. En effet, aujourd'hui ce ne sont
plus les projets qui manquent en la matière. Par exemple, ceux menés dans
le cadre d'une spécificité industrielle qui sont les bords d'attaque de
voilure permettent, avec le développement de la simulation du numérique,
de se passer d'essais coûteux, résultant des problématiques du dégivrage
et de l'antigivrage, mais aussi d'impacts d'oiseaux. En d'autres termes,
la recherche & développement dans le secteur aérospatial peut se
substituer à des tests onéreux.
Elle permet également d'améliorer la
construction des appareils, par exemple, des recherches sont conduites
dans les nouvelles technologies de mise en œuvre des "ateliers flexibles"
d'assemblage, comme des gros projets de filière d'assemblage automatisé
pour panneaux de fuselage, usinage aluminium à grande vitesse, aéronique
(écoulement des fluides) appliquée aux bords d'attaque de voilure dans les
couches limites. Elle permet donc de trouver de nouveaux moyens de
constructions d'appareils qui supposent donc un gain de temps, de
matériaux et de mains d'œuvre ou une plus qualifiée.
Dans une autre entreprise, la SABCA, la
recherche & développement prend une place importante. Elle est menée par
un bureau d'études de 160 personnes installé à Bruxelles et à Charleroi,
et continue de porter sur l'intégration des systèmes ou le vieillissement
des avions, une problématique essentielle pour une entreprise qui fait de
la réparation et de la modernisation des aéronefs. De plus, cette
entreprise développe des nouvelles techniques de fabrication de structure
et surtout met au point des servocommandes de vol de nouvelle génération.
Un autre grand employeur du secteur, FN
Herstal, qui est l'un des leaders mondiaux de l'armement léger
aéronautique, dispose d'un service technique performant qui s'est
spécialisé depuis 1977 dans la recherche et développement de ses propres
systèmes d'armes pour hélicoptères et avions subsoniques. Ces systèmes
étant composés de produits multiples faisant appel à des technologies
diverses telles que les techniques armurières, l'électronique, l'optique,
l'avionique…
Mais la recherche &
développement n'est pas uniquement l'exclusivité des grandes entreprises.
En effet, de nombreuses PME disposent en interne d'un bureau d'études ou
d'une équipe spécialisée autour d'un ingénieur. La technologie
grandissante permet à des entreprises de taille modeste de faire preuve
d'un savoir-faire de toute première force.
C'est notamment le cas du bureau
d'ingénierie SD&A, coordinateur du programme européen de quarante millions
d'euros "Dynasafe" (un siège passager innovant respectant les nouvelles
normes de protection en la matière), avant de s'attaquer au "Goingsafe",
encore plus novateur. C'est également le cas de Service Engineering, une
PME installée à Gosselies, en Belgique, spécialisée dans le domaine de la
construction mécano-soudée, qui proposa ses services à de grandes
entreprises dans l'aérospatial. Maintenant, l'aéronautique représente
environ 30 % du chiffre d'affaire de cette entreprise, et lui permet de
collaborer aux programmes Airbus et Embraer. Un beau succès pour une PME.
De
plus, le rôle central de l'innovation peut être illustré par l'exemple du
très gros porteur A380. Malgré le risque encouru sur un marché qui
sanctionne fortement le retard, Airbus a préféré reporter d'un an le
calendrier de lancement de l'A380 pour poursuivre les travaux d'études et
de recherche et améliorer le niveau technologique de son projet. L'A380 va
incorporer de nombreuses innovations et marquera un saut technologique
significatif par rapport aux appareils en exploitation.
Dans
l’aéronautique, au niveau européen, l’étude d’un nouveau profil d’aile
d’avion à "flux laminaire" a été réalisée dans le cadre de deux projets
ELFIN et LARA associant tous les grands constructeurs aéronautiques
européens et les centres de recherche du domaine. Permettant des économies
de carburant significatives, il pourrait équiper les prochaines
générations d’appareils. La recherche & développement est justifiée ici
par le fait d'une réduction des coûts c'est-à-dire le carburant qui
pourrait être important à long terme.
Malgré
ses intérêts, la recherche & développement représente quand même un
investissement colossal que les entreprises peuvent financer de
différentes façons.
B - son financement

Les industries aéronautiques et
aérospatiales sont des industries de haute technologie dont les coûts de
recherche & développement explosent et nécessitent d'énormes
investissements en raison d'un processus d'innovation long et très
sophistiqué.
Les entreprises de ce secteur
sont traditionnellement caractérisées par des investissements relativement
élevés en la matière. Dans les années 1990, l'ensemble des firmes
européennes du secteur affectait annuellement plus de 15 % de leur chiffre
d'affaires à cette activité.
Ces frais devraient continuer à augmenter.
Selon une estimation d'un groupe d'experts de l'industrie, le total des
dépenses publiques et privées dans la recherche et développement de
l'aéronautique et du spatial en Europe pour les vingt années à venir
dépasserait les 100 milliards d'euros. Ceci signifierait le doublement des
investissements effectués pendant les vingt années passées.
Les entreprises du secteur risquent d'être
confrontées à un problème : une très forte croissance des besoins de
financement en matière de recherche et développement technologique (RDT)
d'un côté, et le plafonnement du potentiel des ressources traditionnelles
de l'autre.
Les sources de financement
sont principalement les fonds publics, la coopération avec des
institutions de recherche, l'autofinancement et la concentration
interentreprises. Le poids relatif de ces sources varie selon la
spécificité, dans le domaine de la défense et du spatial, il faut
davantage compter sur des contributions du budget public.
Financement de la RDT du secteur aéronautique et
spatial en Europe en 1999
|
|
RDT civil
|
RDT défense |
RDT total |
|
Financement par les secteurs privés |
75 % |
40 % |
55 % |
|
Financement par des fonds publics |
25 % |
60 % |
45 % |
|
Total
En million d'euros |
100 %
4.958 |
100 %
4.529 |
100 %
9.487 |
Dans tous les pays européens et aux
Etats-Unis, la recherche & développement des entreprises du secteur
bénéficie d'un soutien public traditionnellement important. Mais, une
forte tendance au plafonnement de cette aide apparaît. L'une des
manifestations la plus sensible en est la réduction du budget de la
défense. Ces restrictions des crédits et subventions publiques sont la
conséquence des arbitrages nécessaires parmi plusieurs nouvelles priorités
en matière de recherche & développement technologique (microélectronique,
biotechnologie, génome…).
A la saturation de ce potentiel de
ressources publiques s'ajoute en parallèle la pression sur la quote-part
et le volume d'autofinancement de la recherche & développement
technologique. En France, cette restriction résulte surtout de la
privatisation récente des firmes du secteur et de leur cotation en bourse.
Une des stratégies majeures pour se
procurer de nouvelles ressources de financement RDT dans les années 1990
reposait sur des coopérations interentreprises et des fusions
paneuropéennes. Gagner en taille permet en effet d'autofinancer des
programmes en amortissant l'effort de la recherche & développement
technologique sur une base plus large, notamment à travers le partage des
coûts fixes.
Ces restrictions observées au niveau des
ressources traditionnelles sont la principale justification du recours à
la sous-traitance.
Cette stratégie peut être illustrée par
l'exemple d'Airbus. Depuis l'A330/340, l'activité des sous-traitants
inclut la prise en charge des activités, des coûts et des risques de la
recherche et développement des produits qui leur sont confiés. Cette
tendance au partage des risques et des coûts est élargie et encore plus
accentuée sur le programme A380. 30 % des dix milliards d'euros de frais
de recherche & développement prévus pour ce projet seront pris en charge
par les sous-traitants.
De même, une entreprise comme Techspace
Aero, qui joue aussi bien dans les niches aéronautique que spatiale,
n'hésite pas à sous-traiter dans certain cas une part de sa recherche et
développement auprès de ces fournisseurs de pointe (comme Britte).
C – quelques chiffres

Données financières relatives à Boeing
(en millions de dollars)
|
|
1998 |
1997 |
1996 |
1995 |
1994 |
|
Chiffres d'affaires |
56.154 |
45.800 |
35.453 |
32.960 |
34.969 |
|
Résultat Net |
1.216 |
632 |
1.905 |
1.479 |
1.483 |
|
Recherche-Développement |
1.895 |
1.924 |
1.633 |
1.674 |
2.076 |
|
Part de la recherche et
développement dans le chiffre d’affaires |
3,37 % |
4,20 % |
4,60 % |
5,07 % |
5,93 % |
Aux Etats-Unis,
l'effort annuel de recherche & développement de Boeing diminue, passant de
5,93 % du chiffre d’affaires en 1994 soit 2 milliards de dollars, à 3,37 %
du chiffre d’affaires en 1998, c’est-à-dire 1,8 milliards de dollars.
Plus de la moitié de l'effort de
recherche provient encore de la branche des avions commerciaux en 1998
malgré une montée en charge des autres divisions et une baisse des coûts
de recherche de la division civile.
Celle-ci vient de l'achèvement des grands programmes développés ces
dernières années et de l'absence de nouveaux programmes significatifs.
Le niveau de l'effort de recherche &
développement de Boeing apparaît relativement modeste et a pu susciter les
réserves de certains analystes et quelques réactions de la part de
l'administration américaine. Si son évolution n'apparaît pas compatible
avec un maintien de la capacité installée de recherche, son niveau est
pourtant très substantiel. Manifestation des effets de taille, il paraît
pouvoir concilier un " trend " d'innovations satisfaisant et
l'extériorisation de marges financières propres à séduire les
investisseurs.
La politique de recherche & développement
technologique (RDT), devenue en une quinzaine d’années une politique
majeure de l’Union européenne, a pour but de soutenir des projets de
recherches qu’il est plus efficace ou plus avantageux d’exécuter au niveau
européen. Les programmes de recherche de l’Union jouent aujourd’hui un
rôle important dans l’activité scientifique et technologique des états
membres, bien que l’Union n’ait pas vocation à se substituer à eux dans ce
domaine.
En Europe, les programmes-cadres de
recherche et de développement technologique (PCRDT) sont le principal
support de l'Union en terme d'aide à la recherche & développement
technologique du secteur. C'est à partir du cinquième PCRDT (1998-2002)
que le soutien à la RDT aéronautique et spatiale civile figure parmi les
actions clés du programme. La dotation pour l'aide au secteur a été de 700
millions d'euros lors du programme 1998-2002. Selon les débats en cours,
le budget de cette action sectorielle sera massivement augmenté dans le
futur proche et devrait très probablement se situer dans une fourchette de
2,2 à 3,6 milliards d'euros pour le sixième programme (2002 à 2006).
La part des fonds de l'Union
européenne dans l'ensemble des engagements publics du continent européen
en faveur de la RDT aérospatiale civile dépasserait alors nettement les
25%. Ce budget européen dédié aux projets de technologie sera réservé pour
15 % aux PME-PMI, obligeant les grandes entreprises à faire des
partenariats avec
celles-ci.
Pour
la France seule, le tableau ci-après rend compte de l'effort nécessaire.
Dépenses d'études, recherche et développement
|
|
1990 |
1993 |
1995 |
1996 |
1997 |
|
Chiffre d'affaires |
118.553
|
109.484 |
101.116
|
109.040
|
131.902 |
|
Recherche et développement totale |
28.869 |
33.287 |
26.692 |
24.879 |
23.988 |
|
dont recherche et développement autofinancée |
8.150 |
10.109 |
9.963 |
8.571 |
9.717 |
|
Part de la recherche et développement dans le
chiffre d'affaires total |
24,4 % |
30,4 % |
26,4 % |
22,8 % |
18,2 %
|
Source :
GIFAS. Rapport annuel 1997/1998
Un développement aéronautique dynamique :

La France occupe une place de choix au
sein de l’Europe scientifique. L’industrie aéronautique française est
aujourd’hui la 3ème du monde : quelques 200 entreprises
emploient près de 100000 personnes et réalisent un chiffre d’affaires de
plus de 100 milliards de francs, dont la moitié à l’exportation.
La France oriente sa politique en ce
domaine selon deux axes principaux : le développement constant
d’importants programmes nationaux, civils et militaires, la famille des
avions d’affaires Falcon, le Mirage 2000, l’avion de combat Rafale, les
moteurs M53 et M88, et le renforcement de la coopération internationale,
notamment avec les Etats-Unis en ce qui concerne les moteurs.
Au niveau européen, elle joue un rôle
décisif dans les programmes d’avions de transport civil comme ceux des
familles Airbus et ATR (avion de transport régional). Premier gros porteur
quadriréacteur européen, l’A340 dispose du plus long rayon d’action au
monde : 14400 kilomètres.
La technologie française, acteur de la
politique spatiale européenne :
Parce que la France a su adopter une
vision opérationnelle et industrielle à long terme de la conquête
spatiale, elle est aujourd’hui l’un des acteurs européens les plus actifs
en matière de recherches spatiales. Elle a d’ailleurs choisi de
privilégier le cadre européen pour les programmes d’infrastructures
lourdes comme le transport spatial et la station orbitale.
C’est le Centre national d’études
spatiales qui propose aux pouvoirs publics les grandes orientations de
politique spatiale. Il développe les moyens scientifiques et techniques
nécessaires à la réalisation des programmes retenus et en assure la
cohérence industrielle. L’agence française de l’espace vient compléter le
rôle du CNES : elle conduit ces programmes, développe les moyens d’accès
(lanceurs, plate-formes) et apporte son expertise scientifique et
technique à tous les partenaires de l’aventure spatiale.
Ariane à la conquête de l’espace :

Le lanceur Ariane représente à ce jour la
plus belle réussite spatiale européenne : il a effectué plus de 60 % des
lancements mondiaux de satellites civils au cours de l’année 93. Son
remarquable succès international justifie les efforts de développement qui
lui sont consacrés : Ariane 5 pourra ainsi placer jusqu’à 25 tonnes en
orbite basse et 5.9 tonnes en orbite de transfert géostationnaire.
L’espace au service des hommes :
La France, enfin, a tiré profit de
l’autonomie spatiale européenne pour développer des applications
spécifiques et mettre son savoir-faire au service des hommes.
Les secteurs de l’électronique, de
l’aérospatial, de l’automobile, de la chimie-pharmacie se partagent près
des 2/3 des personnels de R&D. On compte pour l’industrie aéronautique et
spatiale, 44 entreprises s’investissant dans la recherche et
développement, avec 7981 chercheurs et un effectif total de R&D de 23319.
Donc, le secteur aéronautique et spatial
occupe une place particulière dans le paysage industriel français en
raison :
-
de sa proposition très élevée d’ingénieurs et cadres ( plus de 25
%) ;
-
de l’importance relative et absolue de ses exportations : plus de
50 milliards de francs, soit plus de la ½ du chiffre d’affaires à
l’exportation.
-
Enfin, de l’importance de son effort de R&D : près de 30 %.
L’importance de la recherche &
développement ayant été démontrée, qu’en est-il de l’indus- trie
aéronautique européenne ?
II Constat sur la montée en
puissance de l’industrie aéronautique européenne

Cette partie présente
la nouvelle situation de l'aéronautique
européenne après les grands regroupements industriels intervenus pour
rassembler les constructeurs européens des principaux pays afin d'établir
des ensembles transnationaux plus viables et plus compétitifs face aux
géants américains. Nous allons donc tout d’abord étudier la création de
EADS, premier groupe aérospatial d’Europe (A) puis la situation d’Airbus
(B).
A. Création de EADS, premier groupe
aérospatial d'Europe

Les
grands regroupements initiés depuis 1997 en Europe ont enfin abouti ces
derniers mois à la création de deux méga groupes aérospatiaux – BAE
(British Aerospace) Systems et EADS (European Aeronautic Defence and Space
company)- et à la constitution d'un puissant pôle d'électronique de
défense autour du groupe Thomson-CSF. Ces trois groupes sont désormais les
principaux acteurs de l'industrie aérospatiale et de défense de l'Europe
face aux trois géants américains précédemment constitués : Boeing,
Lockheed Martin et Raytheon.
EADS est en effet le
premier groupe aérospatial européen et le troisième au plan mondial après
le leader Boeing et quasiment au niveau du second, Lockheed Martin, en
chiffre d'affaires. BAE Systems – groupe essentiellement britannique qui
réunit les activités de British Aerospace et de Marconi – arrive au
quatrième rang mondial devant Raytheon et Northrop Grumman.
L'Europe a ainsi, et
pour la première fois de son histoire, réussi à constituer des structures
industrielles capables de rivaliser, tant en capacités qu'en activités,
avec celles des États-Unis.
1. Un rival des
géants américains

EADS est le premier
groupe industriel européen à la fois par sa taille et par sa composition
puisqu'il réunit déjà des firmes des quatre principales puissances
aérospatiales européennes (France, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne). A
ce niveau d'intégration, c'est une "première" en Europe. C'est le 14
octobre 1999, à Strasbourg, qu'a été signé l'accord officiel entre l'État
français, le groupe privé français Lagardère SCA et le groupe privé
germano-américain Daimler Chrysler pour créer, cette année, la Société
Européenne d'Aéronautique, de Défense et
Spatiale alias EADS.
Cet accord vise à
rassembler dans EADS toutes les activités aéronautiques, spatiales et de
défense du groupe français Aerospatiale Matra (constitué depuis juin 1999)
et du groupe allemand Dasa (filiale de Daimler Chrysler), à l'exception
toutefois de l'activité de moteurs d'avions de la filiale allemande MTU.
Le 2 décembre 1999, un
autre accord a été signé à Madrid entre le nouveau groupe européen et le
groupe étatique espagnol SEPI afin d'associer sa filiale aérospatiale Casa
(Construcciones Aeronauticas S.A) en tant que membre fondateur à EADS.
Ceci, après l'échec des tentatives d'accords bilatéraux avec
successivement British Aerospace, Aerospatiale Matra et Dasa.
EADS est ainsi un
groupe de 96.000 personnes réparties sur environ 70 sites industriels dans
quatre pays d'Europe (France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni) et aussi
aux États-Unis. Il représente un chiffre d'affaires total (référence 1998)
de près de 21 milliards d'Euro par l'addition pro forma des
activités des trois fondateurs : Aerospatiale Matra (12,3 milliards d’Euro),
Dasa (7,2 Milliards d’Euro) et Casa (1,1 Milliards d’Euro). Sur cette base
de chiffres d'affaires, EADS est donc tout près de Lockheed Martin (23,5
Milliards d’Euro), mais encore loin de Boeing (50,1 Milliards d’Euro).
EADS est aussi un peu plus gros que BAE Systems (17,4 Milliards d’Euro)
qui devance de peu Raytheon (15,6 Milliards d’Euro) et largement Northrop
Grumman (7,9 Milliards d’Euro).
Un protocole d'accord
a été signé par Finmeccanica pour apporter ses activités spatiales et
missilières à EADS. Lequel a aussi fait une offre à l'Italien pour créer
avec lui, à parité, une "société commune aéronautique"
(hors activité Airbus mais intégrant l'aéronautique
militaire dont l'Eurofighter). Par ailleurs, EADS a repris la
participation importante (46 %) détenue présentement par Aerospatiale
Matra dans le groupe privé Dassault Aviation.
Les fondateurs d'EADS
ont d'ailleurs précisé "qu'à tout moment le groupe reste ouvert à d'autres
partenaires" européens ou même américains. Des contacts auraient en effet
été pris avec Lockheed Martin et Northrop Grumman. Cependant, si une
fusion entre Européen et Américain est encore difficile à imaginer du fait
du protectionnisme technologique de Washington, peut être pourrait-on voir
s'établir des "liens transatlantiques", sans intégration industrielle ou
capitalistique, avec les USA.
2. Daimler
Chrysler, principal actionnaire d'EADS

EADS est une société
de droit néerlandais pour des raisons d'intérêt fiscal et de commodité
législative : il n'existe en effet toujours pas de "droit européen" des
sociétés. Le groupe a donc son siège social à Amsterdam (Pays-Bas) avec
des bureaux de direction dans trois capitales : Paris, Munich et Madrid.
La structure
d'actionnariat, assez complexe, s'établit, d'une part, entre la partie
publique (34,43 % des actions) - qui est mise en bourse à Paris, Francfort
et Amsterdam - et, d'autre part, le "holding des partenaires" industriels
et étatiques détenant les deux tiers du capital (65,57 %).
Ce holding est
contrôlé à parité par Daimler Chrysler et le "pool d'actionnaires
français" (chacun à 45,75 %), avec en outre la SEPI (8,5 %). Le "pool
français" réunira l'État (50 %), le groupe Lagardère SCA (37 %) et "un
institutionnel privé français" (13 %)… supposé être la banque BNP.
Le principal actionnaire d'EADS
(hors part publique) est ainsi (avec environ 30 % de contrôle indirect de
la société) le groupe germano-américain Daimler Chrysler dirigé par Jurgen
E. Schrempp qui, en parallèle, fait un apport en cash de 3,4 Milliards d’Euro.
Le second actionnaire d'EADS est l'État (15 %) et le troisième Lagardère
(11%) suivi de SEPI (5%). Le groupe a un conseil d'administration de onze
membres qui est coprésidé par Jean-Luc Lagardère (président et cogérant du
groupe portant son nom) et Manfred Bischoff (président de Dasa).
Il est géré par un
comité exécutif de neuf membres coprésidé par Philippe Camus (actuel
président d'Aerospatiale Matra) et Rainer Hertrich (membre du conseil de
Daimler Chrysler) qui seront aussi administrateurs. Le comité exécutif
dirige les deux divisions fonctionnelles (stratégie et finance) et les
cinq divisions opérationnelles (Airbus, aéronautique,
avions de transport militaire, espace et défense) qui se répartissent les
activités d'EADS.
3. Une gamme très
complète d'activités
EADS est pratiquement
la seule société au monde dont le périmètre couvre l'ensemble des
activités aérospatiales civiles et militaires, à la seule exception de
l'électronique de défense. Le groupe est l'un des principaux acteurs
mondiaux dans une dizaine de secteurs.
EADS est numéro un
mondial dans deux domaines : d'une part, les hélicoptères civils et
militaires avec la société franco-allemande Eurocopter (détenue à 100 %)
et, d'autre part, les lanceurs de satellites via la société européenne
Arianespace (contrôlée à 26 %). Il est numéro deux mondial dans les
missiles, ainsi que dans les avions de ligne de plus de 100 places. Avec
ses trois fondateurs, il contrôle en effet le GIE Airbus à 80 %, BAE
Systems détenant le reste (20 %). Cette participation dominante a
d'ailleurs facilité la transformation du groupement pour créer une
"société privée Airbus", en l'an 2000.
Le groupe est en outre
le leader européen et le numéro trois mondial des constructeurs de
satellites civils et militaires avec la société Astrium (détenue à 75 %)
dont la création a été décidée le 18 octobre 1999.
EADS est aussi le
troisième constructeur mondial d'avions de transport militaires. Il a
aussi une participation majeure dans les programmes européens d'avions de
combat : Mirage 2000 et Rafale et Eurofighter .
Le groupe est aussi
présent dans les "jets" d'affaires Falcon de Dassault et dans les avions
régionaux (biturbopropulseurs) d'ATR, groupement partagé entre
Aerospatiale Matra et Alenia (Finmeccanica). Par ailleurs, Aerospatiale
Matra et Dassault Aviation font partie du groupe d'industriels français
qui doit prendre une participation dans le constructeur brésilien de jets
régionaux Embraer.
Enfin, EADS a récupéré
la maintenance aéronautique (Sogerma) d'Aerospatiale
Matra qui, par contre, envisage de vendre sa filiale de construction
d'avions légers (Socata) à Latécoère.
Dans l'ensemble de ces
activités, EADS ambitionne d'atteindre une rentabilité de 10 %.Ce sera le
défi qu'aura à relever l'équipe dirigeante du nouveau groupe européen, en
même temps que l'intégration effective - et efficace –
B. Airbus

1. L'A380, enjeu et
risque majeurs pour Airbus et EADS
EADS a, en fait, dû
également prendre plusieurs décisions critiques à propos d'activités
existantes (avions régionaux et avions légers, etc.) ou de nouveaux
projets dont le "convertible" d'Eurocopter, l'avion de transport militaire
A400M d'AMC (filiale d'Airbus créée en janvier 1999) et, surtout, la
famille de quadriréacteurs très gros-porteurs A380 qui vise à compléter la
gamme d'Airbus pour concurrencer les actuels et futurs Boeing 747.
L'A380 constitue
l'enjeu majeur - mais aussi le risque majeur - pour Airbus et EADS. Car,
exception faite d'un improbable projet d'avion supersonique successeur de
Concorde, c'est le plus important programme que peut entreprendre l'aéronautique
européenne pour les trente ans à venir !
La décision d'engager
la construction de l'A380 a eu lieu le 19 décembre 2000 afin de mettre
l'avion en service en 2006.
Une première étape,
informelle, est intervenue en décembre 1998 pour permettre à Airbus de
"tester" l'intérêt des compagnies aériennes potentiellement intéressées
afin de trouver les "compagnies de lancement" permettant d'assurer
l'avenir commercial du programme par un nombre suffisant de commandes. Car
l'A380 constitue un risque financier de première grandeur pour les
promoteurs européens. La mise au point complète de l'appareil (prévu en
sept versions pour le transport de passagers ou de fret) est en effet
actuellement estimée à au moins 12 milliards $ (près de 80 MdF) voire même
15 Md$ (100 MdF).
Or, des divergences
subsistent sur l'appréciation de l'ampleur du marché potentiel de l'A380.
Car, il n'y a que quelques dizaines de compagnies aériennes dans le monde
ayant les moyens financiers de s'acheter des avions à 200 ou 250 M$ pièce
et ayant l'usage de tels gros-porteurs pouvant transporter 480 à 650
passagers, voire même dans certaines versions "asiatiques" 950. Selon
Airbus, le marché serait au total d'environ 1.500 appareils dont 300
cargos. Boeing l'estime "officiellement" à seulement 340 nouveaux
gros-porteurs, vendus en plus de ses 747, ou, avec ceux-ci, à 930
appareils sur 30 ans.
L'A380 doit donc
nécessairement innover dans sa conception et son exploitation afin
d'offrir à la fois un confort supérieur aux passagers et un coût
d'exploitation inférieur aux compagnies. Tout en étant capable, par
ailleurs, de s'intégrer sans trop de complications dans le trafic aérien
et de s'adapter aux infrastructures aéroportuaires existantes sans trop de
modifications, notamment aux niveaux du transfert des passagers et de la
circulation sur les pistes d'avions de 80 m d'envergure qui pèseront 600
tonnes.
EADS et Airbus n'ont
donc pas droit à l'erreur sur le projet A380. Et surtout Airbus qui est
désormais la seule alternative à Boeing sur le marché des avions
commerciaux de plus de 100 places.
2. Airbus dépasse
Boeing
Airbus et Boeing sont
en effet désormais les deux seuls constructeurs d’avions dans le monde,
depuis le rachat de McDonnell Douglas par Boeing en 1997.
Créé en 1970, Airbus a
mis 30 ans pour se développer en constituant une gamme très complète
d'appareils (de plus de 100 places) et finalement parvenir à faire jeu
égal avec Boeing et même à le dépasser dans les ventes d'avions
commerciaux... pour la première fois en 1999 !
Sur les neuf premiers
mois de 1999, l'avionneur européen avait même enregistré deux fois plus de
commandes (343 avions contre 154) que son concurrent américain, qui a
ensuite réduit l'écart en sortant soudainement en décembre 82 nouvelles
commandes jusqu'alors non annoncées et relatives à des clients d'ailleurs
en partie non-identifiés. Un "tour de passe-passe" d'ailleurs dénoncé par
l'administrateur gérant d'Airbus, Noël Forgeard. Au final, l'avantage
reste cependant encore à Airbus qui a vendu ferme 476 appareils contre 391
pour Boeing, ce qui donne à Airbus une part de marché mondial de 55 % des
avions de plus de 100 places en 1999.
Globalement, on note
donc que les deux avionneurs ont vendu 867 avions dans le monde en 1999.
Ce qui marque une régression de 36 % des ventes d'avions neufs par rapport
aux 1212 appareils commandés aux deux constructeurs en 1998. Ce
ralentissement des achats des compagnies aériennes a d'ailleurs continué
en 2000 et 2001.
Airbus peut cependant
s'enorgueillir à juste titre d'avoir battu Boeing à la fois sur les ventes
de "petits" avions (monocouloir) et des "gros" porteurs, en prenant
respectivement des parts de marché de 58 % et 75 %.
Or, le marché des gros
porteurs (jumbos) est intéressant car, en valeur, il est plus rentable que
les avions monocouloir. Boeing continue d'ailleurs de vendre des 747, mais
la majeure partie des 47 avions commandés l'année dernière sont des
versions cargos. Au total, plus de 1300 Boeing 747 ont ainsi été vendus en
30 ans; ce qui, au passage, donne une indication du marché potentiel de
l'A380, puisqu'une grande partie de cette flotte de vieux "jumbos" devra
être prochainement remplacée... sauf si l'évolution actuelle d'une partie
du marché vers des avions de moindre capacité se confirme.
Boeing a, par contre,
produit deux fois plus d'avions qu'Airbus en 1999: 620 appareils livrés
contre "seulement" 294 pour l'avionneur européen qui a toutefois accru sa
cadence de production de 28 %. L'écart s’est cependant réduit car Boeing a
limité sa production à 490 avions tandis qu'Airbus l’a au contraire encore
augmenté pour livrer 334 appareils en 2000.
L'augmentation des
cadences de production ne va cependant pas sans problème chez Boeing dont
certains modèles connaissent des défauts de fabrication, notamment avec la
famille des nouveaux 737. L'administration américaine a d'ailleurs demandé
la modification d'une pièce des gouvernes de ces appareils après plusieurs
accidents aux États-Unis. Une opération qui cause des frais et un
préjudice de notoriété à Boeing.
De son côté, Airbus
vend pour sa part sur le marché américain plus du tiers de ses avions qui
sont en partie construits avec des composants fabriqués aux USA. Il
convient donc de suivre de près l'évolution des procédures juridiques aux
Etats-Unis où les avocats sont prompts à initier des actions en justice et
à faire monter les enchères pour obtenir d'importants dédommagements en
cas d'accident ou simplement de préjudice.
CONCLUSION
Ce processus de concurrence qui
s’accompagne d’une pression à la baisse systématique des coûts et d’une
augmentation de l’aversion face aux risques est lourd de difficultés pour
une industrie exigeante en innovation.
Les effets de la globalisation sur les
entreprises du secteur sont ainsi susceptibles de créer des conflits
appelant à des arbitrages délicats.
Il
faut ici insister sur l’importance particulière de ces contraintes pour
l’industrie européenne. Elle vient d’une part de la nécessité pour ces
entreprises d’assumer les coûts fixes élevés nécessaires pour combler leur
retard sur leurs concurrentes américaines, d’autre part, d’un niveau de
soutien public moins favorable, et enfin d’une situation d’échelle plus
modeste.
Les relations entre pouvoirs publics et
industriels sont naturellement étroites s’agissant d’une industrie :
-
dont une part importante du chiffre d’affaires provient de ventes
de produits militaires ;
-
dont le contenu en technologie est tel sur les plans civils et
militaires qu’il appelle l’intervention publique sous forme de
financements mais aussi de contrôles ;
-
qui, confrontée à des conditions commerciales sévères, est
naturellement poussée à souhaiter le soutien des pouvoirs publics.
Cette interdépendance suscite partout une
immixtion des autorités publiques. Elles ont certes eu tendance à se
retirer de la gestion même des actifs aéronautiques mais, elles conservent
des leviers d’actions puissants dont elles usent plus ou moins. Sur ce
point, ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater qu’en la
matière l’abstention atteint son paroxysme en Europe.
Autre nuance importante au mythe de
l’industrie « mondialisée », l’ouverture des marchés est loin d’être
entière.
Une part variable mais substantielle du secteur repose sur des positions
nationales plus ou moins solides. Les plus hautes autorités politiques
européennes ont, le 9 décembre 1997, par une déclaration conjointe, lancé
un processus dont l’aboutissement sera l’instauration d’une société unique
intégrant les actifs de l’industrie aéronautique européenne.
Rappelons la teneur de cette déclaration
conjointe du président de la République et du premier ministre français,
du chancelier de la République fédérale allemande et du premier ministre
anglais :
La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni
partagent un intérêt politique et économique essentiel à ce que l’Europe
dispose d’une industrie aérospatiale et électronique de défense efficace
et compétitive. Ceci permettra à l’Europe d’améliorer sa position
commerciale dans le monde, de renforcer sa sécurité et de garantir qu’elle
joue pleinement son rôle dans sa propre défense.
Les premières étapes de ce processus
d’intégration européenne civile et militaire devraient comprendre des
progrès rapides dans la transformation d’Airbus en une société intégrée,
dans le sens préconisé par les quatre présidents d’Airbus depuis le 13
janvier 1997.
Cette initiative constitue un exemple
concret de coopération entre partenaires européens.
Airbus a devancé son éternel rival
Boeing : pour 2001, le groupe européen a enregistré 274 commandes nettes,
contre 272 pour son homologue américain.
Pourtant, depuis les attentats du 11
septembre, la conjoncture de l’industrie aéronautique s’est encore
dégradée. En effet, de nombreuses compagnies aériennes ont fait faillite,
Swissair et Sabena en sont des exemples. De plus, on a pu constater une
augmentation du nombre de fusions entre compagnies depuis cette date.
L’émergence des pays asiatiques fait que
ce marché va s’y développer considérablement. En effet, les spécialistes
prédisent que la Chine deviendra à terme le nouveau marché où les
industries aérospatiales s’affronteront.

|